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28-07-2026

00:03

Fédérations régionales de l'agriculture : à qui doit revenir la gouvernance du monde agricole ?

La mise en place des fédérations régionales de l'agriculture représente une étape décisive pour l'avenir du secteur agricole mauritanien. Pourtant, ce moment historique semble progressivement se transformer en une lutte d'influence où les intérêts politiques et économiques prennent le pas sur les véritables préoccupations des producteurs.

Depuis plusieurs jours, nous assistons à une véritable ruée vers le contrôle des fédérations régionales par des hommes d'affaires, des commerçants et des acteurs politiques. Cette situation suscite une profonde inquiétude chez les milliers de producteurs qui vivent exclusivement de l'agriculture et qui craignent d'être, une fois de plus, relégués au second plan.

Or, une question fondamentale mérite d'être posée : qui doit diriger les organisations agricoles ? Ceux qui vivent de l'agriculture au quotidien ou ceux qui y voient avant tout un investissement économique ou un instrument d'influence politique ?

Les coopératives agricoles villageoises constituent depuis des décennies le socle de l'agriculture mauritanienne. Elles nourrissent les populations, créent des emplois, maintiennent les familles dans les villages, valorisent les terres et contribuent à la stabilité sociale. Elles ne recherchent ni privilèges ni monopole ; elles réclament simplement une représentation juste et une place légitime dans les instances de décision.

Pourtant, à chaque renouvellement des structures agricoles, les mêmes pratiques se répètent. Les véritables producteurs sont marginalisés, tandis que les décisions sont souvent prises sans leur participation ni leur implication réelle. Cette exclusion fragilise durablement la gouvernance du secteur et éloigne les politiques publiques des réalités du terrain.

Le cas du Trarza est particulièrement révélateur. Région historiquement considérée comme le grenier agricole de la Mauritanie, le Trarza mérite une gouvernance fondée sur la compétence, l'expérience et l'engagement au service du développement agricole. La présidence de la Fédération régionale des agriculteurs du Trarza devrait revenir à une personnalité issue de la région, qui y vit, y travaille et partage les difficultés quotidiennes des producteurs.

L'agriculture ne peut devenir un terrain d'affrontement politique ni un espace de conquête économique réservé aux plus puissants. Elle est avant tout une question de souveraineté alimentaire, de développement territorial et de justice sociale.

Nous appelons Son Excellence le Président de la République, Monsieur Mohamed Cheikh El Ghazouani, le Gouvernement du premier ministre Moctar ould Diay, le ministère de l'Agriculture et de la Souveraineté alimentaire, ainsi que les autorités administratives locales, à garantir un processus électoral transparent, inclusif et équitable.

Les coopératives agricoles villageoises doivent être pleinement associées à toutes les étapes de la mise en place des fédérations régionales.

Au-delà de la gouvernance, un autre défi majeur demeure : celui de la mécanisation agricole. En 2026, il est difficilement acceptable que des milliers de coopératives soient encore contraintes d'attendre que les grandes exploitations( hommes d’affaires, agro business) terminent leurs travaux pour louer, à des prix souvent prohibitifs, des tracteurs ou des moissonneuses-batteuses. Cette dépendance ralentit les campagnes agricoles, réduit les rendements et compromet les revenus des petits producteurs.

La Mauritanie bénéficie pourtant de nombreux programmes financés par des partenaires techniques et financiers internationaux. Des millions d'euros et de dollars sont investis chaque année dans le secteur agricole. Cependant, les producteurs continuent de constater que les impacts sur le terrain restent insuffisants. Trop souvent, les ressources sont absorbées par les coûts de fonctionnement, les missions, les ateliers et les procédures administratives, alors que les besoins prioritaires demeurent la mécanisation, l'accès au financement, les infrastructures, la formation, la mise à disposition d'intrants agricoles de qualité et le développement de la transformation locale des produits agricoles.

Il est temps de changer d'approche

Les coopératives agricoles ne doivent plus être considérées comme de simples bénéficiaires de projets. Elles doivent devenir de véritables partenaires des politiques publiques agricoles et être pleinement impliquées dans leur conception, leur mise en œuvre et leur évaluation.

Nous appelons également les coopératives agricoles villageoises à renforcer leur unité et leur organisation. Seule une organisation forte, solidaire et indépendante leur permettra de défendre efficacement leurs intérêts et d'éviter toute instrumentalisation politique ou économique.

L'avenir de l'agriculture mauritanienne dépendra de notre capacité collective à replacer les producteurs au cœur des décisions. Une agriculture forte ne se construit ni dans les bureaux ni dans les cercles d'influence. Elle se construit sur le terrain, dans les champs, aux côtés des femmes , des jeunes et des hommes qui travaillent la terre chaque jour.

L'agriculture mauritanienne a besoin de producteurs écoutés, de coopératives respectées et d'institutions représentatives. C'est à ce prix que notre pays pourra relever le défi de la souveraineté alimentaire, créer des emplois durables et bâtir une agriculture moderne, inclusive et compétitive.

Donnons enfin la parole à celles et ceux qui nourrissent la nation.

Par Habib Saliou Sall
Journaliste d’opinion et acteur de développement local






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