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Profil de cas : 373 jours que la petite Khadijetou Wellé a disparue. « L’enquête de la honte » ?
Chighali Mohamed -
Depuis plus de 373 jours, on est toujours sans nouvelles de la petite Khadijetou Wellé, portée disparue en janvier l’année dernière. Malheureusement cette année elle n’a pas soufflé ses bougies de 10 ans au milieu de sa famille.
Elle est portée disparue depuis le 19 janvier 2021, alors qu’elle venait de sortir de la classe de son école située non loin du carrefour Robinet 10 de Sebkha.
A l’époque des faits, une mobilisation sans précédent avait été organisée par des associations de la société civile, et nous avons tous, nous autres journalistes, comme notre consœur Awa Seydou Traoré, relayés l’information par différents articles, et sur tous les panels des plates-formes les plus fréquentées des réseaux sociaux.
Le 19 janvier 2022, pour mémoire et pour rappel, notre confrère Babacar BAYE NDIAYE de Cridem (sur Cridem justement), se reposait pour la énième fois la question de savoir « Qu’est ce qui s’était passé ? ». Au moment où j’écris cet article, cette question reste malheureusement sans réponse.
Agée seulement de neuf ans à la date de sa disparition, la petite Khadijetou a-t-elle été enlevée pour être violée ou a-t-elle été enlevée pour un sacrifice rituel ? Ce sont généralement les premières questions que se posent tous les enquêteurs qu’ils soient d’ici ou d’ailleurs dans des cas de disparitions de jeunes enfants en Afrique.
Si, la petite Khadijetou a été enlevée pour viol, elle ne peut avoir été enlevée que par quelqu’un qu’elle connait bien et qui connait l’itinéraire qu’elle emprunte. Dans ce cas, probablement quelqu’un à qui, soit elle fait confiance, soit elle croyait pouvoir faire confiance.
Dans ce cas de figure, les recherches devaient dès le début de l’enquête s’orienter sur, soit une personne membre ou très proche de sa famille, soit sur une personne d’un voisinage immédiat ou de proximité de son domicile qui a l’habitude d’amadouer la petite par des gestes de générosité qui trompent le plus souvent la vigilance des enfants de son âge.
Si c’était le cas (de ce cas), peut être que la petite avait été donc piégée et attirée dans un guet-apens par quelqu’un qui la ciblait ou qui l’avait dans son collimateur. Si celui qui avait commis l’acte d’enlèvement, l’avait fait pour raison de viol, des enquêtes précédentes ont montré que quelques fois, ces violeurs assassinent les petites qu’ils violent de peur d’être dénoncés. Quelques cas de viols qui ont occasionnés des violences sexuelles entrainant des hémorragies graves sur les enfants violés, se sont malheureusement terminés aussi par des assassinats suite à la panique des violeurs.
La petite Khadijetou peut aussi avoir été enlevée pour un sacrifice rituel, pratique étrangère à nos mœurs mais à laquelle notre pays n’échappe plus à cause de « l’importation » chez nous de certaines pratiques devenues courantes dans des pays subsahariens comme le Cameroun, le Benin, le Togo ou la Cote d’Ivoire où la fièvre des portefeuilles magiques avait fait des ravages ces dernières années.
Le 21 Avril 2020, au Cameroun, une affaire de crime rituel avait suscité l’indignation de toute la population. Une petite fille avait été tuée par son oncle et sa bande dans le seul but de se faire de l’argent. Enlevée l’absence de la victime avait été constatée rapidement. Ce qui avait poussé ses parents à alerter la Gendarmerie qui, après enquête avait fini par faire avouer le crime par le principal suspect son oncle. La petite fille avait été retrouvée abandonnée avec des organes manquants.
Il est possible aussi que ce soit pour obtenir des avantages matériels, une pratique courante qui avait frappé le Sénégal de plein fouet ces dernières années avec un lot important d’actes de profanations des cimetières pour déterrer des morts en vue de leur arracher des organes à des fins mystiques.
En 2016, au Sénégal, Sérigne Fallou Dieng, président du cercle des intellectuels soufis avait déjà lancé l’alerte après avoir constaté que des séries abominables de sacrifices et de meurtres avaient été enregistrés dans son pays. Il avait expliqué que la forte présence d’esprit de sorcellerie et de la magie noire répandait du sang partout au Sénégal. Cela avait-il dit, s’expliquait par le fait tout simplement que des esprits sénégalais gagnent de plus en plus en fétichisme qui se pratique par des sacrifices humains. Les profanations régulières des tombes, les gorges tranchées, le déchiquetage et les dissections de corps humains. Tous ces effroyables supplices humains au Sénégal ont la même matrice, les mêmes ressorts de motivation et le même dénominateur c’est-à-dire soit le succès soit la richesse mais malheureusement ont fait du Sénégal un véritable laboratoire de crimes rituels.
Les sénégalais ne sont pas près d’oublier la mort par sacrifice de Mme Fama Niane retrouvée découpée en morceaux et jetée sur la corniche de Dakar.
Au Bénin, en 2020, un crime avait été commis dans un quartier très populaire de Cotonou. Il s’agissait du cas d’une fillette âgée de 7 ans du nom de Gracia Prunelle. La petite Gracia avait été victime d’un crime rituel qui avait pour but d’enrichir un jeune de 22 ans qui voulait faire prospérer ses affaires d’arnaque sur Internet. Il avait proposé la modique somme de 18.000 FCFA à un charlatan pour lui trouver du sang et des organes humains.
Le charlatan était voisin de marché de la mère de la fillette une vendeuse de fruits. La fille et le charlatan se fréquentent sans problème et en toute confiance. Garcia considérant le voisin de sa mère comme un tonton gentil. Un jour il disparaît avec elle et le 03 février 2020 il la tue et lui prélève des organes. Le lendemain, le corps mutilé de la fillette est retrouvé dans un bas-fond.
La police silencieuse sur cette enquête patine ?
La police silencieuse sur cette affaire patine-t-elle simplement? Ce n’est pas ce qui est important à savoir. Ce qui est important à savoir c’est si la petite Wellé disparue depuis 373 jours maintenant est encore en vie ? Si oui. Où peut-elle être ? Séquestrée chez un psychopathe pédophile ? Et si elle n’est plus en vie où se trouve son corps ?
« Où est donc passée la petite Khadijetou ? » Cette question se la posent aussi ses petites amies de la classe de l’école El Mounir qu’elle fréquentait. Egalement les parents des petites filles voisines de la famille de la disparue sont bien curieux de savoir qu’est ce qui s’est passé pour la petite pleine de joie qui jouait avec leurs enfants ?
Des questions qui se posent et qui se poseront toujours tant que la petite n’a pas été retrouvée ou tant que son corps n’a pas été découvert pour permettre à sa famille de faire son deuil. Mais plus grave encore, tant que des réponses à ces questions ne sont pas trouvées, la peur planera toujours sur la ville.
Par ailleurs avant de se poser toutes ces questions, on est en droit de se poser d’autres questions plus pertinentes. Est-ce que d’ailleurs la police en charge de l’enquête poursuit encore ses investigations et ses recherches ou est-ce que cette police a simplement classé ce dossier sans suite ?
La police mauritanienne de proximité est connue pour ses compétences, pour la rapidité et l’efficacité avec lesquelles elle mène les enquêtes même les plus délicates pour identifier et arrêter les auteurs des crimes et délits et pour les traduire devant la justice. Reste à savoir pourquoi ces performances et ces efficacités s’appliquent pour des cas et pas pour d’autres.
Cette police, avec peu de moyens et des insuffisances criantes en personnes ressources qualifiées, expérimentées et compétentes élucide parfois même des énigmes liées à des crimes ou délits curieux. Qu’est ce qui peut expliquer que cette police patine dans la recherche des causes de la disparition de la petite Khadijetou Wellé ?
Le général Misgharou doit peut être secouer les commissariats de Sebkha et celui des Mineurs. Il doit même peut être passer une nuit dans l’un de ces commissariats comme il l’avait fait l’autre fois pour que les recherches soient relancées. Ceci d’autant plus qu’on a constaté, qu’à chaque fois que le général Misgharou tape du poing sur la table, les auteurs des crimes et délits tombent comme des mouches dans les filets de la police.
Depuis plus de 8.900 heures, la mère de la petite Khadijetou Wellé est dans l’angoisse et pleure à chaudes larmes la disparition de sa fille âgée de 9 ans.
Je ne sais pas si vous mesurez tous une telle souffrance. Pendant ce temps un criminel se balade dans la nature pensant que nous avons oublié. On n’oublie pas et on n’oubliera jamais. La petite Khadijetou est la fille de chacun d’entre nous. C’est aussi la fille de la première Dame de notre pays.
Mohamed Chighali