09-03-2026 00:56 - Le commerce des voiles en Mauritanie : les femmes en première ligne

Le commerce des voiles en Mauritanie : les femmes en première ligne

INITIATIVES NEWS - A l’occasion de la fête du 8 mars, il est important de rappeler l’importance cruciale de la contribution de la femme mauritanienne au développement du pays.

Ainsi dans le message de félicitations qu’il leur a adressé, le président de la République a insisté sur l’engagement des femmes, leur courage et leurs contributions essentielles dans divers domaines de la vie nationale.

Aujourd’hui, la question du rôle de la femme dans le développement ne se pose plus. Les femmes dont le poids démographique est sensiblement égal, voire supérieur dans certains pays à celui des hommes, peuvent jouer un rôle déterminant dans la vie économique, sociale et politique d’un pays.

C’est sans doute ce qu’ont compris les autorités mauritaniennes dont la politique volontariste et la sensibilisation à outrance visent à impliquer davantage les femmes dans le processus de développement. C’est ce qui explique la prolifération des coopératives et des initiatives en faveur de cette importante frange de la population.

Aujourd’hui, les femmes qui se savent sollicitées et utiles sont sur tous les fronts où elles s’attèlent à apporter leur touche.

Le commerce des voiles, une chaine de valeur en pleine expansion

En Mauritanie, pays islamique par excellence, le voile constitue un habit très prisé largement répandu au niveau des différentes communautés.

Alliant élégance et pudeur cet habit est en passe de devenir un instrument essentiel pour l’autonomisation des femmes.

En effet, s’il est actuellement un domaine où les femmes mauritaniennes se sentent à l’aise et où elles excellent c’est celui de la confection et la commercialisation des voiles. C’est là un créneau porteur que beaucoup d’entre elles ont choisi parce qu’il a le mérite d’être accessible et bénéfique.

Le voile est l’un des habits nationaux les plus prisés par les Mauritaniennes. Cet habit mythique et bien connu sous d’autres cieux est façonné ici par des spécialistes qui le confectionnent et le parent avant de le mettre sur le marché. Les femmes qui s’occupent de ce travail ont beaucoup à faire, c’est pour dire que ce n’est pas aussi facile pour elles et le chemin est trop long.

Certaines d’entre elles payent d’abord le tissu, généralement le fameux 106 remplacé aujourd’hui par le 103 (meilleure qualité) dont le rouleau qui compte environ trois voiles, coûte environ 500 MRU. Elles vont ensuite mesurer et découper le tissu en voiles avant de les coudre une première fois. C’est à partir de là que va commencer le travail des femmes qui consiste à coudre les voiles à la main en se servant de fils en nylons et en produits synthétiques. Une fois cette étape franchie on passe à la dernière phase qui consiste à teindre les voiles.

Pour la teinture, il y a plusieurs variétés qui vont du rouge au jaune en passant par le bleu foncé (kaédi), le ségou (bleu ciel ou légèrement plus foncé), le goura (couleur kola), le takia (vert menthe), la couleur Coca, le mélange, le vert kleenex, la turquoise, le bleu marine…

Il est à noter que la teinture la plus prisée est la teinture dite de kaédi (du nom de cette ville). Cette teinture devient encore plus précieuse lorsqu’elle provient de cette même ville réputée pour ses spécialistes et dont les eaux d’après la légende populaire contiendraient des secrets. Ce n’est donc pas un hasard si les voiles de cette provenance, ou portant le même nom, se négocient à des prix assez chers, ce qui n’empêche pas cependant, qu’elles se vendent comme de petits pains.

S’agissant de la chaine de fabrication et de commercialisation des voiles, elle est composée de plusieurs acteurs.

Fatimetou Sidi qui est dans le secteur depuis une dizaine d’années nous livre ici tous les secrets de ce commerce discret qui fait vivre des milliers de familles.

D’abord il y a ces femmes à faibles revenus qui commencent avec un lot de 3 ou 4 voiles en tissu percale ou en gaze de coton. Le tissu leur revient entre 500 et 600 MRU.

Les moins fortunées se contentent de payer un seul voile et s’emploient ensuite à le coudre suivant les règles de l’art.

Les tissus du voile sont de qualités et de types divers. D’abord on a les types de gaze de coton. Il y a le « biji » considéré comme la première qualité, ensuite le « Super », puis « Leila » et « Clara » avec laquelle on confectionne les coutures de qualité (« Tesrar ») qui est devenue aujourd’hui une marque déposée de l’Est du pays (« Melhav Teitane »).

Il y a aussi les tissus qu’on appelle localement « El Wakhat » qui sont de plusieurs types dont « Lehcheicha », « El Mouneybet » qui est la qualité supérieure, « Sebta », « Bazin », « Wakh Aziz » et « Wakh Fouchi ».

Il y a plusieurs types de couture à la main : la couture avec le « Thiass » (fils synthétiques) et la couture à l’aide de fils de bobine en coton appelée localement « Tesrar ». Il y en a aussi qui cousent directement à la machine.

Et pour les prix, la couture avec « Tiass » le voile se vend entre 500 et 600 MRU.

Mais plusieurs types de couture « Tiass » existent et les prix peuvent varier.

Ce même type de couture utilisé avec un tissu en gaze de coton revient à 300 MRU le voile. Mais ce n’est pas encore un produit fini. L’acheteur doit s’occuper de la teinture dont le prix varie entre 300 et 500 MRU. Ensuite le voile va passer chez la femme (« vériaka ») qui va s’occuper du désencollage (éliminer les impuretés et agents d’encollage pour rendre la fibre hydrophile et prête pour la teinture). Le service coute 50 MRU. Le voile est ensuite expédié chez le blanchisseur pour le repassage et le gommage qui coute 20 MRU.

Les voiles de gaze de coton cousus à la bobine appelés « Tesrar » coutent encore plus chers. Le voile encore tout blanc se négocie entre 1000 et 2500 MRU. Les commerçantes s’occupent ensuite de la teinture taxée à 500 ou 600 MRU puis aux autres phases de finition. Le produit fini se vend entre 4500 et 6000 MRU l’unité. Ces voiles de qualité supérieure sont appelés « Melhave Tintane ou Ngueibet Tintane ».

Un autre type de voile dit « Tessrar » à base de gaz de coton et cousu en fils synthétiques appelé « Chella » revient entre 500 et 1000 MRU avant la finition. Une fois le voile terminé, il se vend à 2000 MRU.

Il y a aussi d’autres types de voile comme « El Barma » et « Rkeiba » dont le prix varie entre 700 et 1500 MRU.

Des voiles confectionnés essentiellement par les femmes de la vallée sont aussi très demandées sur le marché et sont plus accessibles aux petites bourses. Parmi ces modèles il y a « Sendel », « Salat », « Lehbeil », « Chneiguem », « Diambass »…

D’autres types de voiles dits simples existent aussi. Il y a entre autres les voiles sans couture ( « Ini », « Enveloppe ») et qui sont vendus entre 300 et 400 MRU.

Il y a aussi le modèle « Biji » destiné aux vieilles femmes. Ce sont des voiles en percale consolidé. Le voile simple coute 500 MRU et le voile avec une couture de qualité (« Tesrar ») est vendu à 1500 MRU.

Dans cette chaine de fabrication et de commercialisation des voiles on trouve des fortunes diverses et chacun y trouve son compte, de la petite ménagère du quartier exsangue de « Hayat Jédida » situé dans la lointaine banlieue de la capitale, à la grande dame millionnaire de la périphérie de « Beitig Kesskess » dans le quartier huppé de Tevrak Zeina.

C’est en effet une véritable économie circulaire qui s’est constituée autour du voile permettant à des milliers de ménages démunis de disposer d’un revenu régulier et de subvenir à leurs besoins et à ceux de leurs familles.

Pour Nana, habitante de Neteg, un quartier populaire de Nouakchott : « Je suis dans la couture et la teinture des voiles depuis plus de 10 ans. Dieu merci on ne manque de rien. Nous avons pu construire cette maison. Aujourd’hui mes 2 filles m’aident et Alhamdoulillah nous comptons sur nous-mêmes. »

Comme Nana, beaucoup de femmes travaillent pour leur propre compte et font profiter les voisines qui n’ont pas besoin de quitter leur domicile et travaillent sur place.

Des femmes qui n’ont pas de capital initial comme Khdeyja arrivent à s’en sortir avec des bénéfices conséquents.

« Il arrive que le commerçant avec qui je traite et qui me fait confiance me livre du tissu, l’équivalent de 100 voiles. Avec l’aide de mes voisines, je les coûts et les teint puis je les revends à mes clients Sahraouis.

Je gagne beaucoup. Je paye le commerçant et je garde mes bénéfices. C’est un travail que j’aime bien. »

On trouve aussi des femmes qui n’ont aucun capital. Elles se pointent chaque matin au marché devant les boutiques des grossistes et s’occupent du désencollage (« Tveryik ») des voiles revenus de la teinture. Et pour ce faire elles ont juste besoin de 2 kg de farine et d’un kilo de « Bourass » (produit chimique). Elles vont ensuite gommer les voiles séance tenante, les mettent au séchage en plein marché avant de les livrer au commerçant.

Et pour ce simple service elles arrivent à gagner jusqu’à 1000 MRU par jour.

Leur chiffre d’affaires grimpe considérablement pendant les fêtes.

Dans plusieurs marchés de la capitale, ces femmes sont très présentes et ne passent pas inaperçues dans la mesure où ce sont elles avec leurs marchandises qui contribuent à donner aux lieux tous leurs éclats et toute leur gaieté.

Ces grandes battantes qui ont des familles à nourrir -et ce n’est pas rien- méritent réellement qu’on leur facilite la tâche et qu’on les soutienne, car elles font œuvre utile et contribuent de ce fait au développement du pays.

Bakari Guèye





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