28-01-2016 14:30 - Interview Exclusive avec Moussa Ould Khaïry : "Participer à une compétition Africaine de clubs n’est pas une fin en soi"

 Interview Exclusive avec Moussa Ould Khaïry :

Le Quotidien de Nouakchott  - Vice- président de la FFRIM, président du FC Tevragh Zeïna, Moussa Ould Khaïry n’est plus à présenter. Il nous parle de l’équipe nationale, de son club, de la situation précaire des clubs de l’élite et du ballon rond, en général. Entretien

Le Quotidien de Nouakchott : La CAF a effectué le tirage au sort des compétitions Africaines de Clubs pour 2016 et aucune équipe Mauritanienne, n’est engagée. Comment expliquez-vous, cela?

Moussa Khaïry : (Rires….), il est bien vrai que le FC Tevragh Zeïna est champion de l’édition 2014-2015 et devrait représenter le pays pour une compétition de la CAF. A la Mairie, la présidente de l’ASC TVZ voulait qu’on participe, puisqu’on avait des arguments à faire valoir. Bien qu’on ait aussi l’aval du Conseil municipal avec cela engendre comme frais de participation mais, nous avons choisi une autre option.

Et, après une réunion restreinte des responsables de l’équipe, nous avons décidé de ne pas s’engager pour se consacrer entièrement aux compétitions nationales et à la refonte du club. Il ne fallait surtout pas gaspiller l’argent du contribuable. Vous savez participer, est une option certes, mais quand les résultats ne sont pas garantis, c’est tout autre chose.

Pour le dirigeant avisé que je suis, il ne fallait pas empiéter les choses. On était engagé sur tous les fronts (CHAN 2016, CAN 2017, Coupe du Monde et U-23) et comme vous le savez le FC Tevragh Zeïna compte des éléments dans chacune de ces équipes nationales, nous sommes arrivés à la conclusion que c’était une compétition de trop.

Décision prise, il fallait se concentrer sur les compétitions nationales et la Coupe de l’UAFA (Union Arabe de Football des Clubs Champions) à laquelle nous sommes éligibles. Ceci étant, nous sommes des compétiteurs et nous voulons si bien représenter notre pays, et nous le faisons à notre façon.

Question : Vous conviendrez avec moi qu’une équipe nationale forte doit nécessairement s’appuyer sur des joueurs compétitifs au plan continental et il s’avère que ces derniers par l’absence de leurs clubs aux compétitions africaines demeurent de facto ‘’inactifs’’. Ne pensez-vous pas que cela se répercute négativement sur le niveau des équipes nationales ?

Réponse : Nous n’avons pas la même lecture de la situation. A partir d’un championnat relevé, régulier et fort, on peut toujours asseoir une bonne équipe nationale. Surtout que le notre, ne fait pas rougir.

Vous savez, il nous arrive souvent de discuter avec les dirigeants des pays voisins (ceux de l’Afrique de l’Ouest et du Nord) particulièrement et tous s’accordent à dire et à reconnaitre que notre championnat en plus de sa régularité, il est d’un bon niveau aussi. Si bien que cela se répercute positivement sur les équipes nationales, si on s’en tient aux excellents résultats de l’équipe nationale.

Le problème, il faut le rechercher ailleurs. Dans l’insuffisance

d’infrastructures et la faiblesse des moyens des clubs. C’est justement là, où il faut chercher à corriger, à explorer. Les clubs n’ont pas de terrains et manquent d’accompagnement, surtout.

L’autre aspect, c’est la ressource. Ceci dit : le sponsor et la subvention pour les clubs qui sont le bassin des équipes nationales. Il faut une politique efficiente dans ce sens. Alors que les équipes réclament des commodités de base les plus élémentaires, qui font malheureusement défaut, même aux clubs de l’élite et censés émaner de sociétés.

Il faut une politique d’accompagnement des clubs, par un sponsoring durable. En Mauritanie, les clubs ne sont pas gâtés et n’ont pas d’assises financières. En dépit des excellents résultats de nos équipes nationales, les clubs sont dans une extrême nécessité.

Vous savez, il m’est arrivé souvent de tirer la sonnette d’alarme, faute de sponsor des clubs et de subvention. Je me dis quelquefois que les dirigeants des clubs ont une part de responsabilité dans la précarité de leurs formations. Il faut aller à la recherche de sponsors, en évaluant ses besoins et les transmettre aux mécènes. Un club ne peut pas exister à partir de la poche d’un individu.

Il faut créer les conditions d’existence de ses clubs, faire des alliances, des regroupements, fédérer les forces. J’en appelle aux clubs pour une coalition. On ne peut pas fonder un club, alors qu’on ne dispose pas des solutions pour l’entretenir.

Pour être un club et prétendre jouer les grands rôles sur l’échiquier africain, il faut posséder ses propres installations et s’offrir aussi les services de techniciens expérimentés et confirmés.

Voyez-vous, certains observateurs considèrent toutefois que le FC Tevragh Zeïna est l’un des Clubs les plus nantis du pays, cependant nous sommes encore loin de nos ambitions affichées.

Quelque part, on remarque tout de même qu’il y a des avancées timides mais, il faut encore plus. C’est là, le chenal qui nous sépare des clubs des autres pays, qui font allégrement leur chemin.

Nous avons des stades certes, mais il en faut encore plus et beaucoup plus. Si on doit faire un résumé, c’est quoi 4 pelouses qui accueillent les compétitions (2 à Nouakchott, 1 à Nouadhibou et 1 à Zouerate), pour un pays comme le notre ? Voyez – vous pour Nouakchott et ses 9 clubs de l’élite, on n’a que 2 ou 3 pelouses, là où s’entrainer. Par rapport à la normale, c’est peu ! Il y a un sérieux problème d’infrastructures, les infrastructures de base font cruellement défaut. Même s’il y a des prémisses, avec l’avènement de deux nouvelles pelouses, bientôt. Il faut aussi doter les capitales régionales de pelouses.

Par ailleurs, il faut toutefois reconnaître et se féliciter du soutien du chef de l’Etat pour la prise en charges des équipes nationales à travers la tutelle et l’accompagnement des sportifs et en particulier le soutien aux actions du ballon rond.

Question : Comment peut-on toujours se gratifier à chaque fois de compétitions nationales et prétendre par la suite engager des équipes nationales avec des joueurs absents des joutes continentales, pendant que leurs adversaires sont présents, à travers leurs clubs aux compétitions continentales?

Réponse : Je vois vraiment que vous insistez tant sur la participation des clubs aux compétions africaines. Mais, figurez-vous participer, n’est pas une fin en soi. Cela peut vous reléguez parfois à l’étage inférieur, au risque d’être le dernier de la classe à la compétition suivante, au lieu de vous hisser vers le haut.

Prenez l’exemple de l’équipe de Niary Tally qui avait remporté le championnat de la Ligue 1 du Sénégal de la saison dernière et qui avait participé aux compétitions de la CAF, qui est aujourd’hui, la lanterne rouge du championnat de L1 du Sénégal. C’est vous dire que participer à une compétition de la CAF, peut ne pas être la bonne option. Donc, la décision retenue par le club est la bonne selon nous et seul, le travail paie.

Question : En tant que président de Club ayant déjà participé à une compétition de la CAF et membre de la FFRIM, pouvez- vous nos chiffrer une participation à une campagne Africaine et que fait la FFRIM pour aider, ces clubs ?

Réponse : D’abord pour votre première question, il faut environ au bas mot, 25 millions d’ouguiyas pour une campagne Africaine et ce n’est pas un fleuve tranquille. Mais, ceci n’est rien par rapport au budget d’une saison, je dis bien d’un club Africain qui peut être encore 20 fois supérieur, à cette somme. Pour votre seconde question, jamais dans l’histoire du pays, les clubs n’ont reçu autant d’accompagnement et de soutien de la part de la FFRIM.

Il est bien entendu qu’une bonne partie du sponsor de la Mauritel est destiné à ces clubs là, afin de subventionner leurs déplacements. Sans compter les stages à niveau à l’endroit des techniciens de ces clubs pour rehausser leur niveau et d’autres sessions de formations dans cette optique.

Le président de la FFRIM et le Comité Directeur sont conscients que l’équipe nationale a fait des avancées et ce travail d’hercule est la résultante de ces efforts consentis par tous. Pour vous dire, la FFRIM à travers son président à toujours sauvé des clubs de la disparition, en les assistant. Mais comme je l’ai déjà dit plus haut, quelque part, les dirigeants des clubs sont en partie responsables du dénuement de leurs équipes.

Question : Selon des informations, la tutelle envisagerait de prendre en charge dès l’année prochaine, les clubs qui devront représenter le pays aux compétitions Africaines. Qu’en est-il exactement ?

Réponse : Je pense que c’est viable, c’est aussi une bonne chose et une avancée notoire. Mais selon des informations reçues aussi, la tutelle prendrait dorénavant en charge partiellement ces clubs là, par une prise en charge de l’hébergement et du transport. Ce sont ces deux chapitres qui engendrent le plus de dépenses. Ce qui est onéreux pour les clubs qui sont dans un état précaire.

Question : Le FC Tevragh Zeïna champion de l’édition 2014-2015, scrute la Coupe de l’UAFA des Clubs Champions, êtes –vous prêt pour le challenge?

Réponse : Même si nous n’avons pas les mêmes moyens que les clubs qui seront en lice, nous avons certes nos ambitions. Nous l’appréhendons avec sérénité.

Question : Le FC Tevragh Zeïna est champion de la mi-saison, pensez-vous pouvoir maintenir le cap, jusqu’au bout ?

Réponse : C’est notre ambition et nous travaillons pour la reconquête de notre titre. Nous allons mettre toutes les chances de notre coté, pour y arriver. Comme on dit : ‘’L’homme propose et Allah dispose’’.

Question : Le stade olympique vient de ré-ouvrir ses portes, ce qui suppose que l’équipe nationale jouera ses matchs des éliminatoires de la CAN 2017 à domicile, ou l’option de la délocalisation est toujours à l’orde du jour ?

Réponse : Je suis de ceux qui n’ont jamais pensé que les matchs de l’équipe nationale seront délocalisés. Certaines personnes avaient induit les décideurs dans l’erreur sur ce chapitre qui est maintenant clos. Il y a eu un rapport alarmant certes sur la vétusté du stade et les choses sont revenues à la normale.

Ayant grandit à Nouakchott, j’étais témoin de l’ouverture de cet édifice en 1983, il était bien dit que sa durée de vie atteindrait le demi-siècle. Cependant, il y a certes des rainures résiduelles sur la charpente et les pylônes sont dégradés, mais on peut colmater les brèches. Par ailleurs, je me sentais frustré d’entendre que mon pays allait recevoir hors de son territoire, sans contrainte aucune.

Pour une question de souveraineté, il faut surtout savoir préserver son autonomie. Pour conclure, je m’en félicite et soutiens nos Mourabitounes, tout en demandant à tous les Mauritaniens d’être derrière l’équipe nationale.

Propos recueillis par Hachim



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