09-04-2014 15:06 - Diagnostic de notre Système de Santé : Réponse à son Excellence Dr Cheikh Ould Horma

Diagnostic de notre Système de Santé : Réponse  à son Excellence  Dr Cheikh Ould Horma

Pr Sidi Ely Ahmedou - Excellence et cher confrère,
Je saisis l’occasion qui m’est offerte par l’ouverture du débat sur la santé dans notre pays que vous avez initié pour apporter ma modeste contribution, l’exercice me semble délicat entre le droit de réserve que m’impose ma situation de fonctionnaire ayant occupé des fonctions importantes et le souci de faire un diagnostic sans complaisance, l’exercice est difficile, voire périlleux mais l’enjeu en vaut la chandelle, tellement le sujet est important, vital.

Les idées que vous avez bien voulu évoquer sont pertinentes, même si on déplore les références des chiffres que vous avancez, et parfois leur inexactitude : espérance de vie à 35 ans ?

Malgré nos approches différentes surtout quand nous étions aux responsabilités je vous voue une profonde estime, je me souviendrai toujours de la réponse sur un petit bout de papier, à ma demande pour un scanner d’un compatriote indigent que vous m’avez adressé me disant que vous étiez disposé à faire ces examens gracieusement à tout Mauritanien ;

c’était en 1983 j’étais jeune interne de l’Hôpital Militaire de Marrakech et vous venez d’acquérir pour votre cabinet privé la première TDM (tomodensitométrie :scanner) d’Afrique.

Mais pour bien connaitre le système de santé en Mauritanie, il faut certes avoir occupé de hautes fonctions dans l’appareil exécutif, dans les organes de conceptions, mais le fait de gravir les échelons de passer par la case départ au niveau le plus périphérique, vous permet de mieux connaitre ce système véritable domino, mieux appréhender les difficultés et mieux élaborer les solutions.

En entamant mon expérience en santé publique, j’ai eu d’énormes difficultés à m’adapter étant clinicien trop fier de mon activité curative, pour m’occuper de la médecine préventive, mais le contact répété avec les structures les plus périphériques (jusqu’aux unités de santé de base) lors des différentes enquêtes épidémiologiques, et de missions de soins, qui m’ont conduit à travers les coins les plus reculés de notre pays, m’a permis de constater que cette médecine de santé publique doit occuper une place aussi importante que la médecine curative, si on veut améliorer l’état de santé de nos populations

Bien sûr il ne s’agissait pas d’abandonner le curatif, au contraire dans le cadre du programme national de lutte contre la cécité nous avons effectué plus de 70 missions chirurgicales à travers les régions de Mauritanie ce qui nous a permis de nous confronter aux réalités des structures de soins des différentes régions (il n’y a pas un bloc opératoire que je n’ai pas fréquenté plusieurs fois ceci pour toutes les régions, avec une mention spéciale pour celui d’Aleg qu’il m’arrivait de visiter mensuellement).

En fait la clé de voute de la réussite de notre politique de santé réside dans notre capacité à mener de concert Médecine de Santé Publique et Médecine Curative, cet équilibre nous ne l’avons jamais atteint. Je me souviens juste après la déclaration de l’Alma Ata, nous nous sommes rués vers les soins de santé primaires et avons abandonné les structures de soins, à la fin des années 90, virage à 180 degré, on délaisse tout ce qui a été élaboré dans le cadre de cette approche pour nous intéresser aux infrastructures sanitaires si bien que des domaines aussi cruciaux que la vaccination, ont été négligés avec comme corollaire une baisse inquiétante des couvertures vaccinales une recrudescence des maladies transmissibles et un carton rouge des partenaires.

Le diagnostic que vous avez posé est tout à fait exact ,mise à part les quelques observations que j’ai évoquées au début, auquel je rajouterais le fait que si nous incluons les dépenses extra budgétaires ,le pourcentage du PIB consacré à la santé ces trois dernières années dépasse annuellement les 10% ; certaines dépenses non programmées, étant effectuées par le Ministère des Finances et souvent liées à la réalisation d’infrastructures.

Il faut noter que nous bénéficions actuellement d’une conjoncture politique exceptionnelle avec un engagement ferme des plus hautes autorités, une participation de l’état pour plus de 37% dans les dépenses de santé (MS) ce que vous ne trouverez dans aucun pays en développement .

Malgré tous ces efforts les résultats ne sont pas au rendez-vous ; contrairement à d’autres secteur – tel que l’institution militaire- qui ont exigé des sacrifices financiers importants, mais ou nous constatons de réels progrès ; ou est donc le problème ?

Les défis intimement liés sont à la fois structurels et conjoncturels. Toute politique de santé qui veut porter ses fruits doit partir d’une analyse situationnelle objective, impartiale, une vision globale avec les aspects préventifs et curatifs, disposer d’une feuille de route « Road Map » une planification et faire l’objet d’évaluations indépendantes périodiques.

Malheureusement la majeure partie des études à grands frais, qui sont commandées et ont nécessité du temps, des moyens humains (avec experts étrangers ) dorment dans les tiroirs : la stratégie de développement des ressources humaines, la loi hospitalière ,le PNDS (2012/2020)….

Je m’arrêterais sur ce dernier outil de planification qui a demandé plus d’une année de préparation, avec la participation de tous les acteurs et nécessité 160 millions d’ouguiyas et qui devrait être notre dispositif fondamental de mise en œuvre de notre politique de santé, avec des indicateurs réalisables et acceptables, il a été délaissé, ignoré.

En effet le jour où les partenaires se sont réunis pour approuver conjointement ce document en Avril 2011 c’est ce moment que nous avons choisi pour tirer de notre « chapeau magique » l’idée d’atteindre des OMD en 2015, avec des objectifs aussi saugrenus qu’irréalisables (construire 8 Hôpitaux ,12 unités de néonatologie…En deux ans et demi ??) le but –inavoué-de cette machination, était de créer une structure de plus, budgétivore , même si on savait que ce n’était pas la meilleure manière d’aborder le problème, trois ans après qu’a-t-elle apporté au département et ou en sommes-nous par rapport à l’atteinte des OMD en 2015 ?

Ceux qui ont « vendu » cette idée et vanté sont applicabilité aux décideurs « contre vent et marées », devraient rendre des comptes et être tenus pour responsables de cette cacophonie dans laquelle nous évoluons, et qui est à l’origine du recul de l’état de santé de nos populations.

Votre analyse sur les différentes réformes qui ont jalonné le département, au gré de ses responsables, des bailleurs de fonds, des institutions internationales et des partenaires et qui n’ont jamais abouti à un changement de la situation, est judicieuse ceci étant dû entre autres facteurs à nos mentalités et notre inertie face au changement.

Avant d’aborder les solutions que je propose pour ne pas dire les reformes de notre système de santé deux pré-requis sont indispensables :

- une « dépolitisation » des responsables du département à commencer par le premier d’entre eux. Le Ministre, et directeurs centraux ne doivent être engagés dans aucun mouvement politique, ils doivent être choisis sur la base de leurs compétences, leurs expériences, sur des tests et une sélection organisée par des professionnels avec ouverture transparente des postes et appel à candidature.

- un audit technique et financier indépendant (personnel national et international) qui inclura l’ensemble des structures du département à Nouakchott et à l’intérieur.

Une fois cet état des lieux effectué, les grands chantiers qui seront abordés tenant compte des résultats de l’audit et du PNDS qui doit constituer notre feuille de route exclusive seront :

- la politique pharmaceutique et l’approvisionnement en médicaments
- la gestion, la formation et le développement des ressources humaines
- l’exercice de la médecine
- la politique hospitalière
- les programmes de santé prioritaires

1°/La politique pharmaceutique

Le médicament est capital dans la démarche curative de prise en charge des maladies. Sans médicaments de qualité, point d’évolution vers la guérison ou la prévention des maladies.

Malgré toutes les tentatives des différents responsables qui se sont succédé ces dix dernières années, la situation même si elle s’est améliorée, reste préoccupante.

En 2004 une loi pharmaceutique a essayé de réorganiser le secteur qui est entièrement aux mains d’opérateurs économiques privés (ce qui n’existe que dans notre pays) mais elle a été dépouillée de son objectif initial et est restée une coquille vide laissant place à l’anarchie.

En 2007 suite à la période de transition et son esprit de restructuration, d’orthodoxie, une nouvelle loi a été initiée mettant de l’ordre dans le secteur, avec une plus grande implication des pharmaciens et abordant l’aspect pénal pour les différents délits, elle n’a jamais vu le jour, les lobbys du secteur ayant fait pression sur les dirigeants fraichement élus.

En 2009 nous sommes remis à la tâche avec l’appui sans réserve des plus hautes autorités, et avons préparé une loi qui remettait les choses en ordre, en accordant aux opérateurs privés une période de 3 ans leur permettant de libérer le secteur pour les professionnels de la pharmacie, elle contenait des articles réglementant la pharmacie selon les normes internationales ;bien qu’ayant été adoptée en conseil des Ministres elle a été charcutée par le parlement sur proposition d’une commission présidée par les opérateurs économiques privés du secteur de la pharmacie (avec bien sûr conflit d’intérêt), qui l’a ramené à sa plus simple expression, c’était le 31 Décembre 2009 à 23H50 (je m’en souviens toujours l’ayant considéré comme un échec personnel)

Nous nous sommes remis à la tache la première semaine de Janvier 2010, et avons proposé la mise en place d’une centrale d’achat à l’image du système d’approvisionnement en médicaments de la Tunisie. L’objectif pour nous ce n’était pas un retour à une nationalisation qui a déjà montré ses limites (expérience malheureuse de la Pharmarim) mais de disposer d’une structure contrôlée par l’Etat responsable de l’importation des médicaments et consommables, afin d’en assurer la traçabilité, d’en contrôler les prix, et pouvant offrir à nos populations des produits de qualité, surs, et à prix abordables.

Malheureusement là aussi les forces obscures sont intervenues d’abord en limitant la mission de cette centrale aux antibiotiques, psychotropes et l’insuline, puis en opposant une puissante force d’inertie à l’application intégrale de cette décision (prise en Janvier 2010 début d’application partielle début 2013) et enfin en ne voulant pas réformer la CAMEC, qui déjà était incapable de remplir sa mission traditionnelle, à savoir fournir les médicaments et consommables au secteur public, ne pouvait faire face à ces nouvelles charges .

Il aurait fallu et je l’avais souligné, préparer cette structure à cette nouvelle mission, en insistant sur la qualité du choix des différents responsables, qui auraient dû bénéficier de stage de perfectionnement à l’étranger (Tunisie ),en renforçant le staff technique, avec l’aide au début de conseillers étrangers, en adaptant son organigramme et en améliorant significativement son plateau technique.

Pour terminer ce volet médicaments, je parlerai du Laboratoire de Contrôle de Qualité des Médicaments cet outil si utile qui permet de contrôler la qualité du médicament et dont la planification et le financement étaient acquis grâce à la Banque Mondiale fin des années 1990, il a fallu attendre la période de transition (2005/2007) (là aussi les mains invisibles sont passées par là) et la vague de restructuration pour qu’il soit mis en place.

Il joue un rôle marginal dans la lutte contre le trafic et le contrôle des médicaments et consommables (15% même dans les pays développés) : peu de moyens techniques, peu de personnel qualifié, il mérite une plus grande attention du département dans le cadre de l’assainissement du secteur.

2°/La gestion, la formation et le développement des ressources humaines

Le département a élaboré un document de développement des ressources humaines, qui dort dans les tiroirs. Malheureusement, chez nous la documentation, la planification, c’est fait pour ne jamais s’en servir, nous préférons naviguer à vue au rythme de nos impulsions, aucun plan de formation ou de carrière, si bien qu’il y a un déséquilibre dans le choix des filières, on se bouscule dans certaines spécialités alors que c’est le désert dans d’autres, aussi importantes : savez-vous pour un pays qui veut atteindre les OMD en 2015, que nous n’avons pas de véritables Médecins épidémiologistes ,ni de Médecins légistes ?

Des efforts ont été faits par la création de plusieurs écoles de formation en santé publique, mais le déficit est si important, qu’il faudrait encore les augmenter, en insistant sur la qualité de la formation, de l’encadrement, éventuellement faire appel à l’assistance étrangère et améliorer leurs conditions de fonctionnement.

Il faut en outre ouvrir ce secteur au domaine privé, avec des termes de références précis, un contrôle et un suivi rigoureux du département. La répartition du personnel constitue aussi un problème complexe. La majorité du personnel est concentrée à Nouakchott, les quelques mesures d’incitations pour ceux qui travaillent à l’intérieur n’ont pas permis d’inverser la tendance, des solutions peuvent être apportées en revoyant ces mesures, en décentralisant et autonomisant les régions sanitaires.

En attendant afin d’éviter cette « démédicalisation » des régions de l’intérieur, nous devons planifier (et non pas improviser en fonction des visites des autorités, ce qui ressemble souvent à de la poudre aux yeux) deux sortes de missions, qui regroupent plusieurs spécialités en fonctions du contexte épidémiologique, de courtes durées (10 jours) et de longues durées (6 à 9mois).

Pour ces dernières, des conditions acceptables d’hébergement et de prise en charge seront proposées à des équipes qui de façon rotative devraient séjourner à l’intérieur pour cette période. Cette solution a été mise en œuvre avec succès au Maroc.

Les mutations et les nominations doivent obéir à des règles strictes de transparence et d’équité, j’en ai parlé plus haut dans le cadre de la sélection des cadres du Ministère de la santé.

Enfin concernant la Faculté de Médecine je rappellerai que l’idée de la création de cette institution remonte à 1998 ;3 professeurs agrégés tout juste débarquant de l’étranger, et une douzaine de spécialistes ont élaboré un document de création de la Faculté de Médecine, le dossier présenté plusieurs fois aux autorités a toujours été rejeté (alors que le Niger,Tchad avaient leur Faculté souvent avec très peu d’encadrement au début)par les décideurs politiques mal conseillés, il a fallu attendre la transition sur une initiative personnelle, favorisée par une proximité avec les responsables de l’époque (appartenance au même corps)pour qu’une réponse favorable soit accordée à notre requête.

Malheureusement cette institution qui regroupe une partie de l’élite de notre pays ,et qui devrait servir à combler le gap en ressources humaines, permettre de rehausser le niveau des prestations de nos structures hospitalières, et ouvrir la voie du développement de la recherche médicale, après des début encourageants, a été gangrénée par des pratiques néfastes : copinage, clanisme ,clientélisme.

Deux exemples :

- le premier concerne l’exclusion du corps enseignant militaire, malgré leur contribution active à la création et l’accompagnement de cette jeune Faculté (assurant moi-même la fonction de vice-doyen et de responsable de la formation des spécialistes en Ophtalmologie, j’en ai formé 8 dont deux Nigériens, jusqu’à mon renvoi manu-militari). Je n’évoquerais pas les stratagèmes, les complicités qui ont été utilisés pour aboutir à cette décision, les personnes qui y sont impliquées occupent toujours des responsabilités. Mais je soulignerai que nous sommes le seul pays de la région à avoir une telle attitude, préjudiciable surtout aux jeunes assistants militaires, découragés par l’absence de perspective et d’évolution de carrière dans le cadre universitaire, et qui ne voudront plus porter la tenue militaire, privant ainsi le service de santé des armées qui joue un rôle important dans le système de santé, d’un personnel hautement qualifié .

- toujours dans le même ordre d’esprit partial, j’évoquerai l’organisation du premier concours d’agrégation par les responsables de cette faculté, la pratique voudrait qu’on cible les spécialités déficitaires en personnel d’encadrement pour l’ouverture des postes, chez nous, nous prenons les choses autrement , en favorisant les spécialités de nos « copains » et en augmentant le nombre de postes ouvert afin de leur donner le plus de chance d’être retenu, c’est le cas de l’Anesthésie Réanimation ou on a ouvert d’emblée 3 postes, et de la Pédiatrie 3 postes, alors qu’elle comptait déjà trois professeurs agrégés, ceci au détriment d’autres spécialités.

3°/ l’exercice de la médecine

Au moment où on constate une crise de confiance entre les patients et le personnel médical, ce volet devient encore plus d’actualité, cette méfiance handicape en premier lieu les populations les moins nanties sans couverture sociale et sans possibilité de s’offrir des soins à l’étranger. Elle doit être abordée sous quatre angles :

- une réforme du conseil de santé qui doit occuper une place plus importante, être appuyé par le département, et avoir des pouvoirs exécutifs et coercitifs réels, afin de réorganiser l’exercice de la médecine, pour qu’elle puisse être au service des patients, se basant sur les préceptes de notre sainte religion et les principes généraux du code de déontologie ;s’appuyant sur une inspection générale de la santé active et impartiale.

- la séparation de l’activité privée de l’activité publique le constat que nous faisons actuellement, c’est que le secteur privé n’arrive pas à se développer et le public est lourdement pénalisé par cette dualité observée par le personnel médical qui déserte les structures publiques. Cette séparation est possible, si elle est soutenue par des mesures d’accompagnement (augmentations des revenus du personnel, possibilité d’exercice partiel privé réglementé dans les structures publiques…obligation pour les sortants de travailler 5 ans dans le public..) qui devront faire l’objet d’une très large concertation

- une amélioration des conditions de rémunérations et de prise en charge du personnel médical, des efforts ont été faits, mais ils restent en deçà de leurs attentes et des obligations du moment. N’est il pas juste de faire un sacrifice financier afin que le réanimateur, le chirurgien puisse se sentir à l’aise, face à leur patient et s’y consacrer entièrement sans avoir à Téléphoné à la SOMELEC entre deux malades pour demander un sursis de paiement de leurs factures ou être embarrassé par les difficultés de bouclage des dépenses de fin de mois.

- un appui au secteur privé afin qu’il se développe et charrie ainsi le public par des facilités bancaires, des exonérations d’impôt et taxes, des remboursements différés, afin qu’il puisse mieux s’équiper et proposer des prestations de qualité pouvant améliorer la prise en charge de nos patients et leur éviter les évacuations sanitaire à l’étranger si couteuses et pénibles. Bien sur cela devra être réglementé, suivi et encadré par le département

4°/La politique hospitalière

Ce secteur a bénéficié lui aussi d’une documentation et d’études qui sont restées lettre morte, la loi hospitalière dort dans les tiroirs .Nous avons des établissements qui malgré qu’ils engloutissent d’énormes moyens financiers, ne sont pas aux normes et surtout n’arrivent pas à répondre aux attentes et préoccupations des citoyens .Parce que le cout de la santé est en perpétuel augmentation, eu égard aux développement de la médecine, des moyens de diagnostic , de traitement et que le niveau de vie de nos compatriotes reste parmi les plus bas. Il va falloir trouver des solutions, des systèmes qui permettent aux hôpitaux de recouvrer les dépenses engagées par : un système d’assurance maladie universelle, un engagement plus ferme et orienté de l’état, une implication du privé (exemple de la fondation Bouamatou), de la société civile et du milieu associatif.

Mais tout doit commencer par la mise en place d’une « roadmap », une stratégie claire qui s’appuie sur la loi hospitalière, qui insiste sur une plus grande autonomie des structures de santé, avec des contrats d’objectifs, et des plans de développement élaborés, par une rupture franche avec notre tendance à l’improvisation, l’irrationalité.

Le cas de l’hôpital Mère-Enfant constitue un exemple éloquent, quand on sait que même conçu par des spécialistes de la construction des hôpitaux, on trouve toujours des irrégularités dans le produit final ; vouloir faire transformer une structure à usage d’habitation, en un hôpital de référence par des ingénieurs de l’urbanisme, constitue une erreur, je l’avais soulevé à l époque et l’avenir m’a donné raison.

Malgré le rafistolage dont il continue de faire l’objet, et le fait qu’il a englouti pour des raisons diverses le double des moyens financiers que ce que nécessitait un véritable hôpital de référence, il n’arrive pas à remplir son rôle et il ne répond pas aux normes de sécurités médicales internationales (mes informations datent de début 2012).

Initialement prévu pour être un centre de référence pour la gynéco-obstétrique et la pédiatrie il joue le même rôle que la maternité de sebkha (consultation de routine, accouchement naturelle et césarienne…) : une structure de soins de base.

Bien sur toutes les lacunes soulevées plus haut contribuent à la décadence de nos structures hospitalières, et leur réhabilitation commencera par une réponse à ces préoccupations : personnel, formation, médicaments de qualité mais aussi réorganisation de leur fonctionnement. Il est urgent de transformer certaines structures en CHU :centre hospitalier universitaire (toujours dans le cadre de la loi hospitalière.,).

Je citerai entre autre exemple de désorganisation, qui perturbe la qualité des soins, le fait que nos structures hospitalières ne disposent pas de véritable « services » suite à la mobilité du personnel, les médecins du service (dont le responsable) transitent d’un hôpital à un autre (multipliant les contrats de vacation) et de ce fait ne sont dans leurs services respectifs, qu’ au mieux «trois fois par semaine » ce qui ne permet pas leur gestion optimale, avec des conséquences sur le suivi des patients, la formation continue du personnel médical et partant l’efficience des soins.

5°/Les programmes de santé prioritaires

Ils constituent la clé de voute des progrès à atteindre en santé publique, dans le cadre de l’amélioration du niveau de santé de nos populations et de l’atteinte des OMD. J’évoquerai le programme de la santé de la reproduction, du paludisme, la tuberculose ,le sida et la vaccination pour terminer par le programme national de lutte contre la cécité que j’ai dirigé pendant plus de 10 ans (1998/2009).

- la santé de la reproduction : nos mères ,nos sœurs continuent de payer un lourd tribut à leur désir de procréation, le taux de mortalité maternelle est parmi les plus élevés du monde 627/100000 (MS), malgré les efforts du département ,des partenaires internationaux (dont le FUNAP), ces chiffres n’ont jamais baissé ces dernières années ceci est du à l’absence de suivi médicalisé des patientes, au manque d’une politique de prévention basée sur la généralisation des soins de santé primaires dans les zones les plus reculées, à l’impossibilité des structures de santé de fournir des prestations de qualité dans les régions de l’intérieur (80% des structures de l’intérieur n’offrent pas de soins appropriés selon l’OMS), l’absence -voire la mauvaise mise en œuvre- de la généralisation du forfait obstétrical mais l’handicap principal c’est l’absence de leadership, de « management » de ce programme les mêmes personnes continuent de le gérer malgré les contreperformances qu’elles accumulent, « on » n’ose pas leur demander des comptes, ni les remplacer par des compétences à même d’impulser une nouvelle dynamique tant nécessaire.

- le Paludisme véritable fléau qui continue de faire des victimes parmi nos populations les plus vulnérables (enfants, femmes enceintes, malades chroniques, sujets âgés) les progrès que nous avons réalisés malgré l’appui de l’ALMA (African Leader Malaria Alliance qui regroupe les chefs d’Etat des pays endémiques ayant pour objectifs d’éliminer le paludisme en 2015) , de l’OMS (via le bureau de l’équipe interpays de Ouagadougou), du Fonds Mondial, et de l’Etat Mauritanien (qui prend en charge les médicaments) restent mitigés. Nous ne maitrisons pas le diagnostic de certitude (pas de généralisation des TDR : test de diagnostic rapide) et de graves lacunes continuent de caractériser la prévention (distribution de moustiquaires imprégnées et lutte anti-vectorielle). Une meilleure gestion de ce programme nous aurait permis d’avoir des résultats plus probants, et faire partie d’exemple dans notre sous région

- le Sida avec les différents problèmes de gestion qui ont jalonnés l’existence de ce programme - la suspension des financements du Fonds Mondial et ses répercussions sur d’autres programmes (Paludisme, tuberculose) - a repris ces activités, là encore les résultats ne sont pas bons (malgré toutes les déclarations) tenant compte du très faible niveau d’endémicité et des efforts important des partenaires .C’est aussi un programme multisectoriel qui navigue en solo, le comité chargé du suivi et de l’orientation ne se réuni qu’exceptionnellement.

- la tuberculose : elle est en recrudescence avec ces formes graves multi résistantes, et ces malades perdus de vue, c’est dans ce cadre qu’une décentralisation des moyens de diagnostics, de traitement et de suivi régulier des patients est capitale. Malgré une prise en charge gratuite du diagnostic et du traitement les efforts sont insuffisants concernant la prise en charge des malades des wilayas de l’intérieur

- la Vaccination le programme élargi de vaccination (PEV) des progrès ont été réalisés par ce programme, en terme de couverture vaccinale par les différentes campagnes de vaccination, des efforts doivent être faits dans la qualité de la vaccination, avec une attention particulière à la chaine de froid et aux différents équipements, les recrudescences de certaines épidémies alors que les sujets sont vaccinés ( Ex :rougeole) en sont les conséquences. Enfin l’introduction de nouveaux vaccins dans le PEV doit être accélérée rotavirus (diarrhées) et pneumocoque (infections respiratoires) à l’image des pays voisins.

- la Cécité c’est d’un programme moribond de lutte contre la cécité que j’ai hérité en 1998 les différents partenaires ayant interrompu leur aide (apparemment personnalisée liée au Dr Chassot)) il a fallu convaincre de nouveaux partenaires (Union Européenne, Lions Club..) mener des enquête épidémiologiques , avec une cartographie du trachome et une enquête de prévalence de la cécité, cette dernière a montré une incidence très élevée de la cataracte et un recours très important même en milieu urbain de nos compatriotes, au traitement traditionnel et ses conséquences dramatiques. Sur le plan technique nous avons introduit dés notre arrivées en 1998 deux innovations techniques qui ont permis de révolutionner le traitement de la cataracte :

• l’implantation : mise en place d’une lentille à l’intérieur de l’œil, évitant le recours à la technique ancienne obligeant de porter de grosses lunettes.

• l’anesthésie locale qui nous permet d’opérer une vingtaine de malades, alors que l’anesthésie générale en cours jusqu’à mon arrivée, outre le risque vital qu’elle comportait ne permettait de faire qu’au plus quatre malades par journée, avec des couts d’examens pré anesthésiques élevés. Il faut noter que nous étions en avance sur des pays comme le Sénégal.

Aujourd’hui les résultats sont perceptibles grâce à une stratégie basée sur une approche associant Médecine de santé publique, dans le cadre de la lutte contre le Trachome dont l’élimination est prévue en 2015, et Médecine curative avec des structures de soins bien équipées et fonctionnelles, centre priorité la vue de Teyaret ,hôpital ophtalmologique mais surtout un partenariat avec les Lions Club, la fondation Bouamatou (qui nous a accompagné dans la distribution des médicaments pour l’élimination du trachome et la prise en charge de l’hôpital ophtalmologique qui constitue un centre de référence, de formation et qui soigne gratuitement les populations).

Une politique de chirurgie avancée avec des missions régulières à l’intérieur du pays et l’ouverture dans les centres hospitaliers régionaux de services d’ophtalmologie dirigés par des ophtalmologistes, (4) parmi les 8 qui ont été formés ces dernières années a permis d’assurer à nos compatriotes la prise en charge des cas ,un rapprochement des prestations de la spécialité des populations de l’intérieur.

Il faudrait noter qu’en plus de ces maladies transmissibles, les pays en développement sont confrontés à l’émergence des maladies non transmissibles (maladies cardio-vasculaires, cancers, diabète, accidents de la voie publique…) liées à nos changements d’habitude et des troubles environnementaux. Leur prise en charge très couteuse, nécessite d’agir en amont par des campagnes de préventions agressives c’est dire que le service chargé de l’éducation pour la santé devrait être réhabilité, renforcé et mener de véritables campagnes de vulgarisation de bonnes pratiques face à l’obésité, la sédentarité, une alimentation saine et équilibrée, le suivi médical régulier, le tabagisme ;sur ce dernier point nous devons compléter les efforts déjà entrepris et faire adopter le loi sur le tabagisme en sommeil.

Les maladies chroniques font de véritables ravages chez nos compatriotes, deux exemples : l’hypertension artérielle et le glaucome chronique à angle ouvert qui peuvent entrainer des complications dramatiques parce que nécessitant un traitement à vie, et un suivi continu.

Je citerai un groupe de maladies nommé« les maladies tropicales négligées », elles bénéficient d’un soutien de la communauté internationale (déclaration de Londres Janvier 2012), et qui pour celles à chimioprophylaxie de masse, notamment la schistosomiase et les helminthiases doivent bénéficier d’une attention particulière de la part du département en vue de leur contrôle voire leur élimination en 2020.

Excellence et cher grand frère,
j’ai peut être été long mais il était nécessaire d’aborder tous les aspects de la problématique de santé, il est temps que chacun apporte sa contribution en fonction de son expérience et de sa position et qu’ensemble nous puissions trouver les moyens de rehausser le niveau de santé de nos populations qui en ont cruellement besoin.

Pr Sidi Ely Ahmedou
Ouagadougou (Burkina Faso)




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Source : houda2402
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Commentaires (4)

  • antipervers (H) 09/04/2014 22:54 X

    Monsieur ould Ahmadou,
    juste pour l’exactitude des faits : En 1983, fût implanté à Marrakech le premier scanner privé du Maroc, propriété de DRISS BASRI, avec pour homme de paille monsieur ould Horma ! Ce qui n'a rien de déshonorant bien entendu ; mais fût la première contribution connue de votre confrère à un choix de politique publique de santé : Faire dépendre l’hôpital des armées (et pas seulement) d’un cabinet privé au lieu d’équiper les services publiques.

    Un homme de paille n’est pas décisionnaire bien entendu ; mais il arrive que la suite d’une carrière soit mieux comprise par ses débuts.

  • synthetiseur (H) 09/04/2014 20:53 X

    Merci pour la remise en ligne de la contribution du Dr Horma et excuses pour avoir écorché le profil de Sidi Ely qui est en fait Professeur et non Docteur.

  • synthetiseur (H) 09/04/2014 18:48 X

    Je n'ai pas non plus lu la contribution de Dr Horma mais celle brillante de Dr Sidi Ely prouve tout simplement qu'il faut éloigner de la politique le choix des responsables dans certains secteurs techniques et professionnels et faire confiance aux experts dont les compétences sont prouvées.

    Notre retard provient de l'accaparement des nominations par des individus débarquant dans des départements qu'ils ignorent et qu'ils prennent souvent six à un an à comprendre. Ajoutez y leur concentration sur les exigences de leur parti et de leurs électeurs et quelquefois de leurs proches, saupoudrez avec leur peur de prendre des initiatives qui peuvent déranger....et puis vous avez le cocktail...

    --------------------------

    Note Cridem

    Contribution du docteur Cheikh Horma Ould Babana du 25/03/2014

    Idées pour une refondation du système de santé en Mauritanie
    http://www.cridem.org/C_Info.php?article=654453

  • DocteurM (H) 09/04/2014 15:43 X

    A dire vrai je n'ai pas lu l'article qui a provoqué ce droit réponse, mais je félicité le Pr Sidi Ely de cette belle contribution qui ramasse en totalité le système de santé mauritanien au cours de ces 20 dernières années, dont il est avec d'autres engagés volontaires les principaux acteurs.